Onze jours dans le préau
Le préau n'a ni tableau ni prise réseau, et les enfants s'assoient par terre sur des coussins empruntés à la crèche des Coutures, à 400 mètres de la rue François Chénieux.
Sylvie Marchand, directrice depuis 2014, a réaffecté les 47 élèves de CE2 et CM1 en trois groupes, logés tant bien que mal dans la bibliothèque et la salle informatique entre le 3 et le 22 septembre, parce que deux enseignantes manquaient : l'une en arrêt maladie, l'autre mutée sans remplacement ; la préfecture a été saisie le 16 septembre et l'inspection académique de la Haute-Vienne a confirmé le 22 que deux postes restaient vacants sur les huit que compte l'école. Personne n'a protesté.
« On a fait de la lecture suivie pendant onze jours, raconte la directrice. Les parents ont été patients. »
Douze familles de la rue de la Font Macaire et du boulevard de Vanteaux ont écrit à la mairie pour demander un transport, car l'accueil périscolaire est passé de soixante à quarante places et la ligne de bus 12, arrêt Berthelot, ne passe que toutes les vingt minutes en période scolaire, ce qui ajoute environ trente-cinq minutes de trajet quotidien à ceux qui travaillent tôt.
Ce qui change pour les habitants tient d'abord à cet horaire.
Une clinique qui recrute sans trouver
À 2,3 kilomètres, avenue des Bénédictins, la clinique Saint-Éloi cherche depuis mars 2026 deux infirmiers de nuit et un aide-soignant.
Hélène Fournier, directrice des soins, a affiché les offres dans quatre pharmacies du quartier et à la gare de Limoges-Bénédictins, sans résultat probant : « Le mois dernier, on a reçu deux candidatures, dont une d'un infirmier qui habite à Guéret et refuse les nuits », précise-t-elle, alors que le service de nuit tourne avec quatre personnes au lieu de six et que deux lits sur trente sont fermés depuis le 5 juillet.
Le centre de santé du Val de l'Aurence, à trois arrêts de bus, a réduit ses horaires le mercredi après-midi depuis avril ; sa coordinatrice, Nadia Berthier, évoque un départ en retraite non remplacé et un congé maternité.
Ces tensions ne datent pas de cette année. En 2012, quand plusieurs structures du secteur ont commencé à mutualiser leurs recrutements, le bassin de Limoges comptait déjà plus de départs que d'arrivées dans les métiers du soin et de l'enseignement ; ce n'est pas une crise soudaine, c'est une pente lente que chacun comble comme il peut.
Les deux lits fermés ne rouvriront pas avant novembre.
Les ateliers de la rue du Clocher
Trois rues plus loin, au 169 boulevard Émile Zola, Nicolas André, responsable des achats de l'atelier de menuiserie, suit ces fermetures de lits et ces classes provisoires avec un intérêt très concret.
L'entreprise, active depuis 2012, fabrique du mobilier sur mesure pour des écoles, des cabinets médicaux et des cabinets dentaires ; elle ne pose rien sur chantier, ne touche ni aux cloisons ni à l'électricité, ne travaille jamais sur un véhicule, et livre des bibliothèques, des comptoirs d'accueil, des casiers et des cadres.
« Depuis janvier, on a reçu six demandes de casiers pour des salles de classe transformées en bureaux partagés, explique Nicolas André. Avant, on nous appelait pour du rangement de bureau ; maintenant, c'est pour du rangement d'école. »
Jean Bertrand, qui gère le stock, a commandé 1,8 mètre cube de chêne supplémentaire en août, un volume inhabituel pour un mois creux ; Céline David, à l'administration, a traité trois devis pour des cloisons mobiles qui ne sont finalement pas parties, et Nathalie Simon, à l'accueil, reçoit environ quatre appels par semaine de directeurs d'école ou de responsables de structures de soins qui cherchent à réaménager une pièce sans toucher au bâti.
Un casier ne fait pas la classe.
L'atelier voit pourtant passer les symptômes par la petite porte : une salle qu'on divise, un bureau qu'on partage, un vestiaire qu'on repense, et parfois une commande annulée faute d'argent.
Le coût des places vides
Pour l'école Berthelot, la mairie a voté le 25 septembre une enveloppe de 7 400 euros destinée à quatre mois de vacations et à du matériel pédagogique supplémentaire.
La somme ne couvre pas les deux postes manquants : elle paie des remplaçants à la journée, au tarif de 112 euros brut, et l'achat de manuels pour les groupes répartis dans la bibliothèque, ce qui revient à environ 1 233 euros par mois pendant six mois si l'on ajoute les fournitures réclamées par les enseignants restants.
À la clinique Saint-Éloi, chaque lit fermé représente environ 380 euros de recette journalière perdue, selon Hélène Fournier ; vingt-deux jours en juillet, vingt-quatre en août, puis une réouverture le 1er septembre et une nouvelle fermeture le 18.
Elle refuse d'en dire plus.
Les deux établissements ont déposé des demandes auprès de l'agence régionale de santé et de l'inspection académique. Les réponses attendues avant la fin octobre porteront sur des contrats courts, pas sur des créations de postes.
Ce que les habitants ont changé
Une réunion publique s'est tenue le 23 septembre à la maison de quartier de la Bastide, à 700 mètres de l'école : quarante-trois personnes y ont assisté, selon le registre signé, et trois propositions en sont sorties — une navette partagée entre parents pour les jours sans accueil du matin, un partenariat avec le lycée Renoir pour des stages courts d'aide à la lecture, et une pétition adressée au rectorat.
La navette a démarré le 28 septembre avec onze familles inscrites.
Sylvie Marchand reste prudente : « On a bricolé, on bricole encore, et je ne sais pas ce qui se passera en janvier », dit-elle, tandis qu'Hélène Fournier a reçu deux candidatures le 26 septembre, dont une seule correspond au profil de nuit.
L'atelier du boulevard Émile Zola continue de livrer : le 29 septembre, deux bibliothèques basses et un comptoir d'accueil sont partis vers une structure de soins de Couzeix, à 8 kilomètres. Aucune de ces pièces ne résout un manque de personnel. Elles rendent juste un espace un peu plus tenable, en attendant.